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🌏 Tensions obligataires et risques géopolitiques, la soutenabilité budgétaire française sous pression.

La vigueur résiliente de l’économie américaine continue d’alimenter la hausse globale des rendements obligataires. Dans le sillage des marchés américains, les taux longs européens progressent nettement, avec une tension particulièrement marquée sur la dette souveraine française. Le spread (l’écart de rendement) entre les obligations assimilables du Trésor (OAT) françaises et le Bund allemand référence dépasse désormais le seuil critique des 1,40%. Cette dégradation reflète la défiance croissante des investisseurs face aux incertitudes politiques et budgétaires qui pèsent sur la France, soulevant de vives interrogations quant à la soutenabilité de sa trajectoire d’endettement.

Parallèlement, le contexte géopolitique au Moyen-Orient demeure extrêmement tendu, ajoutant une pression inflationniste supplémentaire. Les récents développements, marqués notamment par l’annulation de la réunion stratégique entre le Conseil de coopération du Golfe (CCG) et l’Iran, témoignent d’une détérioration des canaux diplomatiques. Sur le plan énergétique, l’interruption du fonctionnement de l’oléoduc saoudien Est-Ouest à la suite d’attaques de drones — revendiquées par les rebelles houthis — ravive les craintes de ruptures d’approvisionnement. La récurrence de ces frappes ciblées contre les infrastructures critiques du Royaume saoudien accentue le risque d’un déficit durable de l’offre pétrolière mondiale, susceptible d’entretenir la volatilité des cours du brut et de repousser la détente sur les taux d’intérêt.

Pourtant, ce contexte de tensions inflationnistes et de taux élevés n’a pas entravé la marche en avant des marchés d’actions. Les indices boursiers internationaux sont parvenus à progresser de près de 1% sur le mois, portés par des indicateurs macroéconomiques mondiaux globalement résilients et une saison de publications d’entreprises de bonne facture. La France fait toutefois figure d’exception : engluées dans leurs incertitudes domestiques, les actions françaises accusent un net retard et décrochent de près de 4% sur la même période.

🇺🇸 États-Unis : dynamisme résilient et tensions sur la courbe des taux

Sur le marché obligataire américain, la poussée sur les rendements s’est accentuée : le taux du Treasury à 10 ans a franchi le seuil symbolique des 5,20%, tandis que le rendement à 2 ans s’est hissé au-dessus de 4,90 %. Cette tension sur l’ensemble de la courbe traduit la conjugaison de plusieurs facteurs : la publication d’indicateurs économiques américains plus solides que prévu, une demande mitigée lors des dernières adjudications de titres du Trésor et le maintien d’une posture restrictive de la part de la Réserve fédérale américaine (Fed).

La dernière estimation du PIB des États-Unis pour le deuxième trimestre est venue confirmer la remarquable résistance de l’activité. La croissance économique a été révisée en hausse à 2,2% en rythme annuel (contre 2,1% au trimestre précédent et 1,5 % initialement attendu), portée par la dynamique de la consommation des ménages, elle aussi ajustée à la hausse. Sur le front de l’emploi, la vigueur du marché du travail ne se dément pas, comme en témoigne le recul des inscriptions hebdomadaires au chômage, désormais repassées sous la barre des 200 000.

Toutefois, cette résistance apparente s’accompagne de signaux de fragilité chez les ménages, à l’image de l’indice de confiance des consommateurs du Conference Board, tombé sur ses plus bas niveaux depuis douze ans sous l’effet de la persistance des coûts élevés.

Face à ces pressions, une note d’apaisement est néanmoins venue de l’indice PCE — la mesure d’inflation la plus attentivement suivie par la Fed. S’établissant à 3,4% sur un an, soit un niveau inférieur aux 3,6% anticipés par le consensus, ce ralentissement des prix plaide en faveur d’un statu quo monétaire de la banque centrale américaine lors de sa prochaine réunion d’octobre.

🇪🇺 Zone euro : vulnérabilités énergétiques, crise budgétaire française et risque de contagion

La croissance de la zone euro a également assez bien résisté, jusqu’à présent, au choc énergétique, aux tensions commerciales et à la dégradation des conditions financières. Le PMI composite a ainsi progressé de 1,1 point en septembre pour atteindre 53,1, son plus haut niveau depuis le printemps 2023.

La conjoncture reste toutefois fragile, pénalisée par les risques persistants sur les marchés de l’énergie et par la forte hausse des coûts de financement des États. Dans l’ensemble de la zone euro, les taux longs ont atteint de nouveaux sommets, la France enregistrant la dégradation la plus marquée. L’écart de rendement (spread) à 10 ans entre l’OAT française et le Bund allemand a dépassé le seuil symbolique de 1,40 point de pourcentage, un niveau inédit depuis 2012, au plus fort de la crise de la dette souveraine européenne.

L’impasse politique intérieure accentue cette défiance des marchés. Le gouvernement français a présenté un projet de loi de finances pour 2027 visant un déficit public de 5,0% du PIB. Toutefois, l’extrême fragmentation de l’Assemblée nationale et la proximité de l’élection présidentielle compromettent sérieusement son adoption en l’état. Ces incertitudes renforcent les doutes des investisseurs quant à la soutenabilité de la dette française. Illustration de ce changement : le rendement des obligations françaises à 30 ans a dépassé celui des titres italiens de même échéance. Longtemps considérée comme un émetteur de qualité bénéficiant d’une faible prime de risque, la France voit désormais sa situation budgétaire sévèrement sanctionnée par les marchés : déficit attendu à 5,2% du PIB en 2026, solde primaire de -3,7% et dette approchant 120% du PIB. L’effet « boule de neige » du service de la dette réduit considérablement ses marges de manœuvre budgétaires.

Ces tensions sur la dette française commencent à se propager au reste de l’Union monétaire. L’élargissement des spreads souverains européens par rapport au Bund allemand témoigne du retour d’un risque systémique régional : les investisseurs exigent une prime de risque accrue face à l’instabilité de l’une des principales économies de la zone.

🇨🇳 Chine : signaux de reprise industrielle, soutien monétaire ciblé et tensions sur les exportations d’énergie

En Chine, les derniers indicateurs de conjoncture témoignent d’une légère amélioration de l’activité économique. Pour le mois de septembre, l’indice PMI manufacturier s’est redressé à 50,1 (conforme aux attentes, contre 49,8 le mois précédent), repassant ainsi de justesse au-dessus du seuil de contraction. De son côté, le PMI non-manufacturier a nettement rebondi à 50,2 — dépassant le consensus établi à 49,2 et améliorant les 49,0 relevés précédemment. Cette embellie est notamment tirée par les commandes à l’exportation, qui enregistrent leur plus haut niveau depuis le mois de février.

Face à une reprise encore fragile, la Banque populaire de Chine (PBoC) poursuit ses mesures d’assouplissement ciblé. Elle a ainsi réduit de 25 points de base le taux de son dispositif de prêts complémentaires garantis (Pledged Supplementary Lending — PSL), le ramenant à 1,50%, tout en élargissant son périmètre d’intervention au financement des infrastructures dites des « Six Réseaux ».

Sur le marché de l’énergie, des arbitrages stratégiques sont également observés : face aux contraintes d’approvisionnement, plusieurs exportateurs chinois ont annulé des livraisons d’essence et de gazole prévues pour octobre, tandis que les raffineries nationales ont suspendu leurs exportations de produits raffinés hors de Hong Kong et Macao jusqu’à nouvel ordre. Cette décision contribue à restreindre l’offre sur les marchés internationaux et pourrait renforcer les pressions sur les cours pétroliers.

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