En France, l’assurance-vie est souvent présentée comme le « couteau suisse » incontournable de l’épargne, principalement en raison de son avantage fiscal après 8 ans.
Selon nous, l’assurance-vie se justifie surtout par deux bénéfices bien réels : la transmission hors succession (jusqu’à 152 500€ par bénéficiaire avant 70 ans) et l’accès aux fonds en euros, dont le capital est garanti. Mais lorsqu’on regarde les chiffres en détail, calculatrice en main, l’avantage fiscal apparaît au contraire comme une illusion pour une part significative des épargnants.
L’abattement annuel ne représente au mieux que quelques centaines d’euros d’économie par an. Une somme dérisoire face aux frais de gestion de l’assurance-vie qui, eux, s’appliquent chaque année sur la totalité de votre capital, finissant par dévorer le gain fiscal face, par exemple, à un Compte-Titres Ordinaire (CTO) moins onéreux.
Rappel concernant le calcul de l’abattement
Le marketing financier insiste habituellement lourdement sur l’abattement après 8 ans. Pour rappel, lors d’un retrait (rachat), la part de gains (plus-values) est exonérée d’impôt sur le revenu à hauteur de :
- 4 600 € par an pour une personne seule.
- 9 200 € par an pour un couple marié ou pacsé.
Nous avons régulièrement rencontré des personnes faisant l’hypothèse que l’économie réalisée était de 4 600 € ou 9 200 € de taxes, or, l’économie réelle est bien moindre.
Les prélèvements sociaux (17,2 %) restent dus dans tous les cas. L’abattement ne porte que sur la part de l’impôt sur le revenu (qui est de 12,8 % dans le cadre du Flat Tax ou Prélèvement Forfaitaire Unique – PFU).
Le gain réel maximum de l’abattement est donc de :
- Pour une personne seule : 12,8 % de 4 600 € = 588,80 € par an.
- Pour un couple : 12,8 % de 9 200 € = 1 177,60 € par an.
L’abattement fiscal de l’assurance-vie, sous désigné comme objectif ne représente finalement pas plus de 600 € par an pour un célibataire, et uniquement les années où ce dernier effectue un retrait suffisant pour matérialiser ces gains.
L’abattement souvent rogné par les frais
Contrairement à l’avantage fiscal qui ne se déclenche que lors des retraits, les frais de gestion de l’enveloppe de l’assurance-vie sont prélevés tous les ans, automatiquement, sur la totalité du capital d’unités de compte, que le marché monte ou qu’il baisse.
- Dans une banque traditionnelle, ces frais tournent autour de 1 % par an.
- Chez les courtiers en ligne, moins chers, ils descendent à 0,6 % par an.
Simulation pour un capital de 100 000 € (avec des frais « bas » de 0,6 % par an pour l’enveloppe Assurance-Vie) :
Chaque année, l’assureur vous prend 0,6 % de 100 000 € = 600 € de frais.
→ Si vous ne retirez rien cette année-là : Vous payez 600 € de frais, et vous avez 0 € d’avantage fiscal.
→ Si vous optimisez votre retrait au maximum de l’abattement : Vous gagnez 588,80 € d’impôt d’un côté, mais vous avez payé 600 € de frais de l’autre. Le bénéfice net est négatif.
Si votre capital grimpe à 150 000 €, les frais passent à 900 € par an, alors que votre abattement fiscal, lui, reste plafonné à 588,80 €. L’avantage fiscal est officiellement mort et enterré par les frais.
Une comparaison rapide : Assurance-Vie vs Compte-Titres (CTO)
Le Compte-Titres est rarement recommandé par les acteurs bancaires, car il ne rapporte rien en frais d’enveloppe aux intermédiaires. Pourtant, chez les intermédiaires modernes, le CTO s’affiche à :
- 0 % de frais de garde.
- 0 % de frais de gestion annuels sur les encours.
| Critère | Assurance-Vie en ligne | Compte-Titres Ordinaire |
|---|---|---|
| Frais d’enveloppe sur 10 ans | ~8 500 € (capital capitalisé déduit des frais) | 0 € |
| Fiscalité au bout de 10 ans | Exonération d’IR dans la limite de l’abattement | PFU de 31,4 % sur les gains |
| Autres frais (sous-jacents) | Souvent empilage de frais (fonds de l’assureur) | Accès direct aux ETF à très bas coûts |
En choisissant un CTO et une stratégie de gestion limitant le nombre de mouvements sur votre portefeuille, ce « surplus » de capital généré par la réduction des frais compense largement les 31,4 % de taxe payés à la sortie sur le CTO.
En conclusion : l’assurance-vie oui, si il y a un objectif de transmission
L’assurance-vie conserve deux avantages réels : la transmission hors succession (jusqu’à 152 500 € par bénéficiaire avant 70 ans) et l’accès aux fonds en euros dont le capital est garanti. Mais pour quiconque cherche à capitaliser à long terme sur les marchés, l’argument fiscal de l’abattement ne doit pas être la raison du choix de cette enveloppe. En voulant économiser un impôt hypothécaire de 588 €, l’épargnant accepte de payer des milliers d’euros de frais de gestion à son assureur. Pour dynamiser votre capital, le compte-titres peut, selon votre situation, s’avérer bien supérieur, mathématiquement.
