🌏 Conjoncture mondiale – Un environnement dominé par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, entre escalade et fragile accalmie

Le mois de mars a été placé sous le signe de la crise autour du détroit d’Ormuz, dont le blocage quasi-total a propulsé le baril de pétrole vers un pic proche de 120 dollars, avant une relative détente en fin de période. L’ultimatum américain adressé à l’Iran — menaçant de frapper des infrastructures énergétiques iraniennes si le détroit n’était pas rouvert — a été rejeté par Téhéran, avant que Donald Trump ne repousse l’échéance en évoquant une reprise des discussions.

La situation reste néanmoins très fragile. Si quelques bateaux ont pu traverser le détroit et si l’Iran a indiqué que les navires des pays « amis » seraient autorisés à passer, les négociations formelles ont été démenties par Téhéran. Des échanges indirects auraient toutefois lieu via des intermédiaires, notamment le Pakistan. Les deux parties ont chacune présenté une liste de conditions préalables — quinze points côté américain, cinq côté iranien — largement incompatibles : l’Iran exige un arrêt total des frappes, des garanties de non-reprise des hostilités, le versement de dommages et intérêts, la fin des conflits sur tous les fronts liés à ses alliés (dont le Liban) et la souveraineté sur le détroit d’Ormuz. Ces exigences se heurtent frontalement aux positions américaines et israéliennes, rendant toute issue rapide peu probable.

🇺🇸 États-Unis – Entre résilience économique et spectre de la stagflation

L’économie américaine affiche encore des fondamentaux globalement solides, mais les signaux d’alerte se multiplient et le débat sur un risque de stagflation s’intensifie. L’indice des prix à la consommation (CPI) du mois de février est ressorti conforme aux attentes, le marché du travail reste solide sans dégradation supplémentaire, et les indicateurs manufacturiers demeurent en zone d’expansion. Toutefois, plusieurs publications sont venues assombrir le tableau : l’indice des prix à la production (PPI) a surpris à la hausse à +0,5 % contre +0,3 % attendu, les coûts salariaux accélèrent nettement, les prix à l’import et à l’export progressent fortement, la productivité a été révisée à la baisse et les dépenses de construction sont ressorties inférieures aux prévisions. Les ventes au détail de janvier se sont par ailleurs légèrement contractées (–0,2 % en valeur), pénalisées par des conditions météorologiques défavorables et une faiblesse persistante des ventes automobiles.

Le discours de la Réserve fédérale (Fed) s’est nettement durci : Jerome Powell a souligné que la remontée des cours pétroliers freinait une désinflation désormais « moins rapide qu’espéré », justifiant le maintien des taux directeurs dans la fourchette de 3,50 % – 3,75 %. Cette fermeté transparaît dans la révision du « dot plot » — le graphique synthétisant les projections de taux individuelles des membres de l’institution — qui ne prévoit plus qu’une seule baisse de 0,25 % en 2026, ancrant ainsi le scénario du « higher for longer », cette stratégie consistant à maintenir les taux à un niveau restrictif sur une période prolongée pour neutraliser durablement l’inflation. Ce cap rigide n’étouffe pas pour autant les débats internes : si Austan Goolsbee (Fed de Chicago) privilégie désormais la lutte contre la hausse des prix au détriment de l’emploi, le gouverneur Miran exhorte à ne pas surréagir aux chocs pétroliers volatils de court terme, maintenant sa ligne en faveur de plusieurs baisses de taux dès cette année.

La forte volatilité du pétrole a amplifié l’incertitude sur les marchés actions américains durant le mois de mars, avec des corrections successives à mesure que se renforçaient les scénarios d’invasion terrestre avant la pause annoncée par Trump. Au final, les actions américaines ont baissé de plus de 5,0% sur le mois.

🇪🇺 Zone euro – Double peine énergétique et vigilance monétaire accrue

L’Europe se retrouve en première ligne face aux répercussions de la crise énergétique, en raison de sa forte dépendance structurelle aux importations d’énergie, qui représentent près de 57 % des besoins de l’Union européenne, avec des niveaux encore plus élevés pour l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne. La hausse des prix de l’énergie crée un double risque : un biais haussier sur l’inflation d’une part, et un biais baissier sur la croissance d’autre part, en pesant sur la consommation des ménages et les marges des entreprises.

Sur le plan macroéconomique, les publications ont livré un tableau contrasté. Les indicateurs avancés PMI manufacturiers sont ressortis au-dessus des attentes en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, mais les PMI services ont déçu dans l’ensemble de la zone, entraînant une baisse des PMI composites plus marquée qu’anticipé. En France, une note positive est venue de la publication du déficit public à 5,1 % du PIB pour 2025, sous l’objectif fixé à 5,4 %, apportant un soutien relatif au sentiment des investisseurs. En revanche, l’Allemagne continue de décevoir : les instituts IW et IFO pointent une exécution décevante du plan de relance budgétaire, dont 90 % des fonds décaissés en 2025 auraient été orientés vers des dépenses de fonctionnement plutôt que vers de véritables investissements, limitant l’impact sur la croissance potentielle. L’indicateur ZEW confirme cette tendance, avec des anticipations de croissance allemandes en nette baisse à –0,5, contre 58,3 en février.

Du côté de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde a fait évoluer le scénario central de l’institution, en intégrant désormais un possible rebond de l’inflation sous-jacente et la possibilité d’une hausse de taux si nécessaire. Elle insiste néanmoins sur les différences de contexte par rapport au choc énergétique de 2022–2023, invitant à la patience avant d’envisager un nouveau cycle de resserrement monétaire. Les investisseurs ne partagent pas cette prudence et anticipent désormais plus de deux hausses de taux de la BCE d’ici fin 2026, ce qui a pesé sur les marchés obligataires.

🇨🇳Chine – Dynamisme économique préservé, mais tensions sino-américaines persistantes

La Chine affiche un début d’année 2026 remarquablement solide, témoignant de la résilience de son économie malgré un environnement international dégradé. La production industrielle a progressé de 6,3 % en glissement annuel, dépassant les prévisions, tandis que les ventes au détail ont augmenté de 2,8 %, portées notamment par les dépenses liées aux fêtes du Nouvel An lunaire. Les investissements fixes ont bondi de 1,8 % en glissement annuel, surpassant largement les attentes qui tablaient sur –5,1 %. Les bénéfices des entreprises industrielles ont quant à eux progressé de 15,2 % sur janvier-février, leur meilleur niveau depuis 2018. Seul point noir persistant, l’investissement résidentiel reste en berne à –11 % sur un an, même si le recul est moins prononcé qu’en 2025. Sur le plan des prix, l’IPC de février a bondi à 1,3 % en glissement annuel, dépassant les prévisions de 0,9 % et atteignant son plus haut niveau en près de trois ans. L’IPP, à –0,9 %, ressort mieux que les estimations de –1,1 %, signalant une légère atténuation des pressions déflationnistes dans l’industrie.

Les données commerciales sont tout aussi spectaculaires : l’excédent commercial de février s’établit à 213 milliards de dollars, avec des exportations en hausse de 21,8 % en glissement annuel — bien au-dessus des prévisions à 7 % — et des importations en progression de 14 %. Pékin a toutefois décidé de suspendre ses exportations de produits pétroliers raffinés, une décision qui contribue à tendre davantage un marché mondial de l’énergie déjà fragilisé par la crise au Moyen-Orient. L’Assemblée populaire nationale a par ailleurs légèrement revu à la baisse son objectif de croissance du PIB pour 2026, désormais fixé à 4,5–5,0 %, tout en maintenant le ratio de déficit budgétaire stable à environ 4 % du PIB.

Sur le plan diplomatique, la relation sino-américaine reste complexe. Des négociations bilatérales ont été engagées à Paris, portant notamment sur les droits de douane, les terres rares et les contrôles à l’exportation des technologies de pointe, mais sans avancée tangible à ce stade. Le sommet Trump-Xi, initialement prévu, a été reporté à la mi-mai en raison du conflit iranien. Plus fondamentalement, la Chine n’a pas d’incitation forte à répondre à court terme aux attentes américaines qui souhaiteraient la voir peser sur l’Iran, ce qui limite les perspectives d’un rapprochement rapide entre les deux puissances.

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