Expertise d'IAM-FP

🌏 Introduction générale : un rebond boursier sur fond de bras de fer géopolitique

Le mois d’avril a de nouveau été dominé par les tensions autour du détroit d’Ormuz, devenu le principal point de crispation géopolitique mondial. Un cessez-le-feu de quinze jours a finalement été conclu in extremis entre les États-Unis et l’Iran après plusieurs semaines d’escalade verbale et militaire, marquées notamment par les menaces de Donald Trump contre le régime iranien. Cette trêve demeure toutefois extrêmement fragile. Le plan iranien en dix points exige un retrait total des forces américaines de la région ainsi que le maintien du contrôle de Téhéran sur le détroit d’Ormuz, tandis que Washington continue de faire du démantèlement du programme nucléaire iranien et de la sécurisation internationale du détroit ses priorités absolues. Si Benjamin Netanyahou a officiellement soutenu l’accord, Israël a néanmoins précisé que celui-ci ne concernait pas les opérations militaires menées contre le Hezbollah au Liban, laissant planer le risque d’un nouvel embrasement régional.

L’échec du premier cycle de négociations, bloqué sur les questions nucléaires et sur le contrôle d’Ormuz, a conduit Washington à renforcer sa pression économique avec la mise en place d’un blocus partiel des ports iraniens. Dans le même temps, l’Iran et Oman étudient l’instauration d’un droit de passage d’environ 1 dollar par baril transitant par le détroit, une mesure qui illustrerait la volonté de Téhéran de monétiser son contrôle stratégique sur la zone. Selon l’AIE, les perturbations logistiques pourraient entraîner une perte temporaire d’approvisionnement de près de 12 millions de barils par jour en avril, une fois les cargaisons déjà en mer intégralement livrées.

Malgré ces tensions persistantes, plusieurs signaux de dialogue demeurent visibles. Les discussions diplomatiques se réorientent progressivement vers la mise en place d’un cessez-le-feu de 60 jours afin de permettre une réouverture graduelle du détroit et une normalisation partielle des flux énergétiques mondiaux.

Dans ce contexte, les marchés financiers ont surtout retenu le scénario d’une désescalade militaire temporaire. Les actions mondiales ont ainsi rebondi de 8,5 % sur le mois (en euros), effaçant une partie des craintes liées au choc pétrolier. Le mouvement a été principalement porté par les marchés émergents (+12,5 %) et les actions américaines (+9,5 %), soutenus par une envolée spectaculaire des valeurs technologiques (+17,6 %). À l’inverse, les marchés européens sont restés plus prudents : la zone euro progresse de seulement 7 %, pénalisée par sa dépendance énergétique et par un climat de confiance toujours dégradé.

🇺🇸 États-Unis – Entre résilience économique et fractures à la FED

L’économie américaine continue d’afficher une résilience remarquable malgré le contexte géopolitique tendu et le maintien de conditions monétaires restrictives. Les ventes au détail ont progressé de 0,6 % sur le mois et la consommation des ménages reste robuste, en hausse de 2,5 % sur un an, confirmant la solidité du marché du travail et du pouvoir d’achat réel. Dans le même temps, la progression des salaires ralentit à 3,5 %, signe d’un apaisement progressif des tensions nominales observées depuis plusieurs trimestres. L’inflation globale demeure néanmoins élevée à 3,3 %, principalement tirée par le rebond des prix de l’énergie (+10,9 %), conséquence directe des tensions au Moyen-Orient et des perturbations sur le marché pétrolier.

Les indicateurs avancés PMI ont également surpris positivement. Le secteur manufacturier enregistre sa plus forte progression des nouvelles commandes depuis 2022, laissant entrevoir un début de réaccélération cyclique industrielle après plusieurs trimestres de faiblesse. Les services, quant à eux, restent solidement ancrés en territoire d’expansion, soutenus par la consommation domestique et les dépenses liées à la technologie et à l’intelligence artificielle. Cette dynamique contribue à renforcer l’idée d’une économie américaine capable d’absorber des taux durablement élevés sans basculer en récession à court terme.

Dans ce contexte, la Réserve fédérale a maintenu ses taux directeurs inchangés. Toutefois, la réunion du FOMC a révélé des divisions de plus en plus visibles au sein de la banque centrale, avec quatre votes dissidents — un niveau rarement observé ces dernières années. Jerome Powell a notamment averti que l’inflation n’avait probablement pas encore atteint son point haut, notamment en raison du risque énergétique, poussant les investisseurs à repousser leurs anticipations de baisse de taux au-delà de 2026. Les marchés obligataires ont réagi par une remontée des rendements longs, traduisant une réévaluation du scénario de « taux élevés plus longtemps ».

Le secteur technologique demeure le principal moteur des marchés américains. Alphabet se distingue avec une croissance de chiffre d’affaires de 22 %, portée par l’explosion de Google Cloud (+63 %), reflet de la demande massive liée à l’intelligence artificielle générative. Amazon poursuit le développement de son activité de puces propriétaires, désormais estimée à près de 50 milliards de dollars, tandis que Meta accélère fortement ses investissements dans les infrastructures d’IA et les centres de données. Toutefois, la question de la soutenabilité des dépenses d’investissement commence à émerger. Les quatre géants — Microsoft, Google, Meta et Amazon — pourraient investir près de 725 milliards de dollars dès 2026, avec une trajectoire visant 1 000 milliards de dollars en 2027 (+38 %). Cette montée en puissance nourrit autant l’enthousiasme autour de la révolution technologique que les interrogations sur la rentabilité future de ces investissements massifs.

🇪🇺 Zone euro – Impact géopolitique et crise de confiance

En zone euro, la situation apparaît nettement plus fragile, avec une économie davantage exposée aux conséquences du choc énergétique et aux incertitudes géopolitiques. Les enquêtes PMI mettent en évidence un ralentissement marqué dans les pays les plus dépendants des importations d’énergie du Golfe, notamment l’Italie, où le secteur des services repasse en territoire de contraction. L’industrie européenne reste pénalisée par des coûts énergétiques élevés et par une demande extérieure toujours hésitante, en particulier en provenance de Chine.

Sur le front de l’inflation, les signaux restent contrastés. L’inflation sous-jacente poursuit sa décrue en Allemagne (2,3 %) et en Espagne (2,8 %), confirmant l’atténuation progressive des tensions domestiques sur les prix. En revanche, l’inflation globale repart légèrement à la hausse à 2,6 % en mars sous l’effet du rebond des prix de l’énergie. Cette situation entretient une forte incertitude sur la trajectoire monétaire de la BCE. Malgré ce contexte, le crédit bancaire reste relativement résilient : les prêts aux ménages progressent de 18 milliards d’euros et ceux accordés aux entreprises de 27 milliards, signe que les conditions financières ne se sont pas encore brutalement détériorées.

L’élément le plus préoccupant demeure toutefois la dégradation rapide du climat de confiance. L’indice de confiance de la Commission européenne retombe à son plus bas niveau depuis la période du Covid, illustrant les inquiétudes croissantes des ménages comme des entreprises face à l’environnement géopolitique et énergétique. Les divergences économiques et politiques entre États membres se renforcent également. L’Allemagne a abaissé ses prévisions de croissance pour 2026 à seulement 0,5 %, en raison notamment de sa forte dépendance aux énergies fossiles et du ralentissement industriel. En Italie, le rejet par Bruxelles du plan de soutien budgétaire d’un milliard d’euros ravive les tensions autour des règles budgétaires européennes.

La France, de son côté, accélère sa montée en puissance militaire avec un effort de défense porté à 36 milliards d’euros supplémentaires d’ici 2030, soit environ 2,5 % du PIB. Cette stratégie vise à renforcer l’autonomie stratégique européenne mais vient également accentuer les contraintes budgétaires françaises dans un contexte de déficit déjà élevé. Face à cet environnement complexe, la BCE a choisi le statu quo en avril. Joachim Nagel a estimé qu’un relèvement immédiat des taux serait prématuré, même si les anticipations d’inflation des ménages repartent légèrement à la hausse. L’institution reste ainsi prise entre le risque d’un ralentissement économique marqué et celui d’une inflation énergétique plus persistante qu’anticipé.

🇨🇳Chine – Sortie de déflation et offensive technologique

La Chine continue d’afficher une trajectoire économique relativement solide et se distingue par la vigueur de son appareil industriel. La croissance du PIB au premier trimestre atteint 5 %, soutenue principalement par une production industrielle en hausse de 5,7 %, alors même que la demande intérieure reste modérée. Les ventes au détail ne progressent que de 1,7 %, confirmant la faiblesse persistante de la consommation des ménages et les difficultés du secteur immobilier à retrouver une dynamique durable.

L’évolution des prix constitue néanmoins un signal important. Les prix à la production augmentent de 0,5 % en mars, mettant fin à plus de trois années de déflation industrielle. Cette amélioration traduit à la fois le redressement des marges industrielles et la montée en gamme progressive de l’industrie chinoise, notamment dans les secteurs technologiques et stratégiques. Sur le plan commercial, les exportations bondissent de 15 %, largement tirées par les produits technologiques. Les exportations de semi-conducteurs progressent ainsi de 85 %, soit leur plus forte hausse depuis 2013, illustrant la capacité de la Chine à accélérer son autonomie technologique malgré les restrictions occidentales.

Sur le plan géopolitique, Xi Jinping poursuit le renforcement de sa coordination stratégique avec la Russie, notamment dans les domaines énergétique, militaire et technologique. Pékin cherche à consolider ses alliances régionales tout en réduisant sa dépendance aux technologies occidentales. Cette stratégie se reflète dans les performances des grands groupes industriels chinois. CATL publie un bénéfice net en hausse de 49 %, porté par la demande mondiale en batteries électriques, tandis que YMTC prévoit de doubler ses capacités de production de puces mémoire grâce à la construction de deux nouvelles usines.

Toutefois, plusieurs fragilités structurelles demeurent. Le ralentissement de la consommation intérieure continue de peser sur certains segments premium. Le groupe Moutai enregistre ainsi sa première baisse de chiffre d’affaires annuel depuis son introduction en Bourse, symbole des difficultés persistantes du marché haut de gamme chinois. Cette situation illustre le décalage croissant entre une industrie exportatrice très dynamique et une demande domestique encore prudente, freinée par le ralentissement immobilier, l’endettement des collectivités locales et une confiance des ménages toujours fragile.

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